3 filles dans le Connecticut

 

Ce dimanche-là était froid et sec, dans un coin du jardin subsistait encore un tas de neige qui luttait contre la fonte. A l’intérieur de la grande maison qui surplombait le lac de Lakeville, nous étions 3 “filles” (Grace, Hilary Cooper et moi) en pyjama en train de mélanger des graines et des blueberries dans un yoghourt “organic”.
La veille nous avions fait un bout de l’Appalachan trail et les courbatures m’incitaient à suggérer à mes 2 copines de calmer la programmation sportive de la journée à venir. Grace, qui était veuve depuis 4 ans, proposa d’aller rendre visite à Jack, son mari, ou plutôt son ex-mari, qui se trouvait quelques miles plus loin, “dans un joli endroit” nous dit-elle.IMG_4696En chemin Grace nous raconta des anecdotes très new-yorkaises sur les femmes et l’argent. Je prends toujours des notes dans ces cas-là. Grace ne travaille plus vraiment mais anime bénévolement des visites guidées au MET 3 fois par semaine pour des écoles ou des gens en mal de culture ou en excés de temps libre. Elle lève des fonds aussi pour ceux qui voudraient donner (“tax deductible”, est une expression qui revient souvent). En Amérique, il y a cette culture du don que nous n’avons pas vraiment chez nous, là-bas on donne, en France on prend. Donner remplit celui qui donne, prendre indigne celui à qui l’on prend. Nul doute qu’avec son bagout et son entregent, Grace doit lever grave. Arrivées au cimetière nous faisons le tour des tombes, c’est sobre, espacé, minimaliste. Soudain Grace s’insurge, “mais c’est qui celle-là ? elle n’y était pas la dernière fois”. Et de lire attentivement l’inscription de la tombe d’à côté, et de préciser “J’aime bien savoir avec qui il est”.

Sur le chemin du retour, elle nous parle de sa copine qui vient de divorcer d’un mari peintre pour épouser un financier. “Mais quand même lui dit Grace, il était bien ton mari, vous étiez sur la même onde artistique, tu comprenais son travail”. La copine répond “Oui mais avec le peintre on parlait tout le temps Argent, alors qu’avec le financier maintenant on parle tout le temps Art”

Publié par

M.

Happy Quinqua, c'est moi !

4 réflexions au sujet de « 3 filles dans le Connecticut »

  1. C’est certain, le financier peut parler de l’art, ce n’est pas son gagne- pain, tandis que l’artiste est obligé de vivre à travers ses oeuvres.
    Aux USA, le rapport à l’argent n’est pas le même, et le système du mécénat et des bourses fonctionne assez bien. Ils ont la culture de l’argent, et ne s’en cachent pas.
    Bel article

    1. Merci pour tes obliques, sans tes analyses et points de vue sur l’Art à New York, je n’y verrai pas grand chose.
      C’est un plaisir de faire les openings de Chelsea en ta compagnie.
      On remet ça en octobre !
      PS/ Le Macon village ne contenait pas de sulfides

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