CNY 3 : Doctor LI

Il y a plusieurs façons de solutionner un problème médical. Il y a la méthode classique qui consiste pour le praticien à soupeser la situation et parfois à prescrire des médicaments. Et puis il y a la méthode du docteur Li qui pourrait se résumer à “je te fracasse, je t’en remets 3 couches et tu reviens la semaine prochaine pour la suite”. Les patients ignorent forcément qu’en en se rendant chez lui (Lui c’est Li), leur dignité risque d’être ébranler sous l’impact de son acupuncture.

Lorsque mon problème de santé a été diagnostiqué, j’ai parcouru les forums médicaux “on line” en quête d’espoir et de solutions. Je n’y ai trouvé que des gens résignés ne connaissant que deux mots : souffrance et patience. Tout ce que je déteste. Mon mal s’appelle Capsulite rétractile, une saloperie qui menace les quinquas en général et les femmes en particulier, et que je traîne depuis début juillet.

J’avais déjà vu en France un rhumato, un osthéo, un kiné, un homéopathe, un acupunteur, un masseur, une masseuse, et étais même allée jusqu’au magnétiseur. Aucun n’avait réussi à calmer l’hydre de mon épaule gelée.

De guerre lasse, épuisée par une douleur persistante et découragée par l’impuissance des solutions proposées, je pris rendez-vous dès mon arrivée à New York avec le énième acupuncteur soi-disant “fOOOrmidable” dont l’une de mes amies m’avait vanté le génie avec une insistance appuyée.

Je débarquai dans une sorte de lieu anachronique, poussiéreux et de mauvais goût en plein cœur de Wall Street avec à mon bras ma capsulite retractile. Avant de rencontrer Li, je dus remplir un questionnaire médical d’une infinie curiosité et signer comme le veut l’usage en Amérique un contrat promettant de ne pas faire intervenir la justice en cas de fâcheuses conséquences. Ce dernier point est important car c’est sûrement ce qui doit permettre à Li d’exercer une pratique bien plus artisanale qu’universitaire.

Agacé par le débordement de ma sensibilité exacerbée par un decorum rudimentaire et une incompréhension linguistique, Li me colla une serviette en éponge dans la bouche pour que j’arrête de crier, ou alors que je crie en silence. Histoire de ne pas inquiéter les patients cantonnés (si je puis dire, Li est lui aussi cantonnais) dans la salle d’attente.

Je savoure la paix de notre ère, car sous la torture j’avoue que j’avoue tout :

Plantage d’énormes aiguilles dans les muscles noués (hurlement), envoi de pulsations électriques dans le muscle commandées par un bouton que Li tournait toujours plus à droite afin de mesurer ma résistance (hurlement), massage musclé au pouce (gémissement), pose de ventouses aspirant la peau (hurlements saccadés), je sortai de chez Li tatouée de cercles couleur aubergine genre maori certaine de n’être pas assez maso pour y revenir et faire subir un excédent d’outrage à mon épaule déjà meurtrie.

Je ne saurai jamais si l’infiltration de cortisone faite avant mon départ par le rhumato est venue à bout d’une douleur tyrannisant mes nuits et mes jours, ou bien si ce sont les “special needles” du Docteur Li et ses atroces tortures, ou alors ses infusions d’herbes au goût de compost à avaler 2 fois par jour, Le fait est qu’au lendemain de ma première visite chez Li s’achevaient 2 mois d’agonie et d’insomnie. Je ne fais pas encore le moulin avec mes bras mais je peux enfin taper sur mon ordi ou soulever ma tasse, sans douleur.

Publié par

M.

Happy Quinqua, c'est moi !

9 réflexions au sujet de « CNY 3 : Doctor LI »

  1. Welcome on board…
    Moi aussi ,à l’aube de la 50aine,diagnostiqué la même chose,tout lu,tout essayé,j’ai retenu que généralement au bout de 6 mois/1 an « ça » s’en allait…et bingo!
    Mais comme vous,je ne saurai jamais si c’est les maraboutages scientifiques et non scientifiques ou le temps qui y sont pour qqch.On est en 2012 et on fait ac ce qu’on peut…vive la médecine!
    A part ça,j’ai l’impression que vous êtes …moi dans une majorité de vos écrits.Ca soulage de voir qu’on n’est pas seul au monde!

    1. De ce que j’ai lu, la durée est plus volontiers entre 1 et 2 ans qu’entre 6 mois et 1 an. Ce qui est sûr c’est que » ça passe ». Je trouve que ce truc est trop méconnu, je n’avais jamais entendu parler de CR avant de l’avoir. Je sais aujourd’hui que si c’est pris à temps, on peut l’éviter. ça démarre lentement, souvent par une tendinite que l’on néglige, ça dure… et un jour c’est trop tard la CR est installée.

    1. Oui enfin !
      Drôle de saison que l’automne à NY, très estival ou très hivernal mais pas entre 2, la mi-saison n’existe pas. L’hiver à 9H du matin, l’été à 14H.

  2. Super bonne nouvelle! J’en étais restée à la torture … pas à ses effets! Ceci explique cela: l’AP-HP (française) vient de signer un protocole avec le Ministère de la santé chinois pour développer des programmes de recherche clinique sur mes médecines traditionnelles de l’empire du Milieu …. à suivre donc … plus près de chez nous!

    1. ça aussi c’est une excellente nouvelle, je confirme l’efficacité de la méthode même si elle comporte une part de violence à laquelle la médecine traditionnelle ne nous a pas habitués.

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