Dîner plombé 2

Vous avez déjà plombé le précédent dîner avec votre possible non-vote, et pour vous faire pardonner de cette bévue si peu citoyenne, vous faites un retour d’invitation. Vous avez mis les petits plats dans les grands, repassé la nappe brodée, exhumé la cristallerie, sorti l’habituelle bouteille de Clos du Marquis 1988 dont le stock se réduit au fil des festivités, et l’épaule d’agneau attend dans le four ses derniers instants. Vous vous êtes juré d’éviter la conversation sur la politique, ce qui n’est pas évident à 3 jours du second tour, et vous prévoyez de la faire dévier sur “l’immobilier à Paris”, sujet qui non seulement anime les propos mais réconcilie tout le monde. Ah la réussite d’un dîner ! L’entrée s’est merveilleusement bien passée, (courgettes, oignons, Samos le tout mixés en soupe, garnie de coriandre), l’agneau arrive à table quand quelqu’un dit : “Mais tu n’étais pas à Séville vendredi dernier ?”  Moi – “Oui j’étais à la féria” – (Oups)- à côté, un sourcil se lève  : “Tu vas à la corrida, toi ?”- Moi : “ Ben oui, depuis toujours” (re-oups). C’est ce qui s’appelle une gaffe. Remballez tout, mettez tout le monde à la porte, c’est mort. L’agneau ne passera pas. Défendre la corrida, et la justifier relève d’un exercice dialectique difficile voire impossible surtout dans les arrondissements à 1 chiffre de la capitale. Il y a toujours la convertie bouddhiste qui y va de son laius et le défenseur des droits des animaux qui, en se resservant de gigot, va vous expliquer que c’est pas bien de tuer les bêtes. Si vous avez eu la bonne idée d’inviter l’aficionado patenté bobo de service qui passe ses week-ends à Arles (qui dit :”en Arles”) et qui a découvert la corrida grâce à Canal plus, Marie-Sara ou Hemingway, vous êtes sauvé, sinon, c’est imparable, indéfendable, il n’y a rien à dire. C’est comme les bébés phoques, la consommation d’ortolans ou la pêche au thon rouge. Vous expliquez alors que vous avez passé votre enfance entre l’église du village et la plaza de toro, que les toréadors et les curés étaient vos babysitters et que vos parents (indignes ?) vous expédiaient soit à la messe soit sur les gradins d’une arène parce que là au moins on était sûr que rien ne pouvait vous arriver. Non  rien ! juste le temps qui s’écoulait curieusement. Pétrie d’une molle indifférence, vous affrontiez 1 heure et demi le matin à faire semblant de prier, et 3 heures l’après-midi pour assister à la mise à mort de 6 taureaux, , voilà à quoi ressemblait le décor naturel de votre environnement quotidien. A l’époque dans les années 60, dans le sud de la France, on se posait moins de questions sur l’éducation des enfants. Là, entre le gâteau à la poire de Pierre Hermé et le plateau de fromage de chez Barhelémy, les yeux vont s’ouvrir et les invités bien-pensants vont hésiter entre compassion et jalousie. Qu’y aura t-il à ajouter ? Rien. D’où on vient ne s’argumente pas.

Publié par

M.

Happy Quinqua, c'est moi !

18 réflexions au sujet de « Dîner plombé 2 »

  1. Bien joué chère HQ !
    Jamais 2 sans 3 !
    Vivement celui post électoral qui devrait réduire la liste de ceux qui veulent encore dîner avec vous !
    Mais soyez rassurée et ne changez surtout pas car comme l’a si bien écrit Bernard Baruch dans la langue de Shakespeare : « Those who mind don’t matter, and those who matter don’t mind.”
    Merci donc de nous faire encore partager votre traversée de la vie parisienne avec l’aisance et la grâce d’un(e) toréador !
    M.

    1. Il en reste encore (des qui veulent encore dîner avec moi !) et puis les dîners post-électoraux risquent d’être plutôt plus gais. Les faux désabusés vont trinquer joyeusement avec les vrais contents, n’est ce pas ?

  2. Bon Barthelemy a succédé à Forteau, qui a connu Forteau? on s’en fout! pourquoi? parce que le plus important c’est de vivre au présent. Le passé, à part nos racines qui , même ancestrales, sont des socles, flatteurs surtout quant elles sont exotiques, sinon on s’en fout! le bonheur est dans le pré, tout près, tout prêt, vraiment très proche… pourquoi ne le voyons-nous pas?
    big bizzz

    1. Ah Caroline de Singapour Bonjour ! vous venez du sud vous aussi ?
      Se croiser aux férias de Nimes, pourquoi pas, je ne sais pas encore si je vais y aller. Mais je serais ravie de vous y voir là-bas… ou a Singapour si j’y suis de passage un jour (ce qui est possible)

  3. A compter de …très prochainement il sera dans l’obligation d’inviter dans chaque diner parisien un dissident patenté, un agitateur border line, un authentique outlaw ou éventuellement une caillera; afin d’animer les débats d’une manière dite iincorrecte. Ceci pourra se faire de facon contractuelle, cette mesure pourra etre subventionnée par l’état (permettant le refinancement du stock de Clos du Marquis 88) les dossiers devront etre déposés en mairie des arrondissements à 1 chiffre à partir du 7 mai 2012.

  4. Je n’ai pas beaucoup de temps en ce moment, mais ce post m’interpelle trop et j’ai donc quelques questions. Si vous avez grandi avec la corrida comme d’autres avec la chasse, comment avez-vous vécu toutes ces années ? Personne ne vous a regardé de travers avant ? Alors si c’est le cas – et j’en suis à peu près sûre – allons nous voir grandir cette intolérance et devrons nous taire tout ce qui nous a fait –chasse, pêche aux moules et crevettes, corrida, avortement, bon ok j’arrête là. Je suis heureuse de ne plus avoir à supporter les végétariens qui se bourrent de viande parce que la notre est meilleure et puis comme ils sont bien élevés, ils ne peuvent refuser ? A supporter ceux qui ne fument pas et ne supportent pas notre fumée –si nocive- mais ne s’endorment pas sans leur drogue… J’arrête là, pas le temps, ah je l’ai déjà dit, je voulais juste vous soutenir. Et donc la prochaine fois venez dîner chez moi, je n’ai pas de Clos du Marquis 88 et on fera sans mais avec autre chose, pas mal du tout. Pas pour rien le Salon sous la Vigne.

  5. Il est vrai que pour une enfance passée entre les taureaux et les curés, vous étiez sans doute plus en sécurité dans l’arène… Et il est également vrai, qu’il y a un petit côté picador dans la vision de JC sur sa croix… Une vraie cohérence dans votre éducation !

  6. Je viens du Sud, j’aime la feria de Nîmes et celle de chez moi. Le passage aux arènes est rituel. Mais dans l’enfance on m’envoyait surtout à la messe !

  7. La Lumière a éclairé Helmut : son association sonne juste. 2 cultures fondées sur la violence. Tout pareil. Mais y-a-t-il une culture qui ne le soit pas ? Tibet ? Polynésie des temps anciens ? Nous n’y étions pas, difficile de juger. Mais ce n’est pas une raison pour y souscrire. Nos humanités ne nous ont-elles pas suggéré de désapprendre après avoir appris ? Laissons de la distance entre nous et les curés. Et les toréadors.

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