Happy Quinqua au Bouthan

Bon c’est un peu long, je sais, mais comme je n’ai rien à dire là tout de suite, alors je vous fais patienter avec un récit de voyage écrit il y a quelques mois lors de mon voyage au Bouthan. Allez courage !

Il en est de certaines destinations dans le monde comme de ces femmes qui savent si bien envelopper leur âme d’un mystère calculé. On en parle sans vraiment savoir, on les désire sans vraiment vouloir et on s’attarde sur leurs détails les moins visibles. Alors un jour, un parfum, un événement, une actualité, un regard, une lecture, déclenchent l’envie irrépressible d’en savoir plus. Et puis c’est à la faveur d’une deuxième couche « d’exposition à la marque » comme disent les publicitaires, que nous serons ferrés pour un passage à l’acte. On ne peut plus attendre. On appelle. On organise. On s’y rend. Seulement voilà, quand le fantasme atteint les sommets idéalisés, qu’il s’agisse d’amour ou de réputation, la déception qui l’accompagne est un risque. La dame n’est jamais à la hauteur des secrets qu’elle a suscités. La destination lève son voile d’impudeur avant de révèler un genre d’imposture. Il y a 4 ans, lorsque le roi s’est auto-destitué pour une pseudo démocratie post-maoïste, les media ont révélé au monde un tout petit pays qui n’était ni plus ni moins sexy que ses voisins, mais fortement nanti de valeurs porteuses : spiritualité, écologie, exotisme, authenticité…

On garantissait même pouvoir trouver entre deux monastères bouddhiques quelques spas cinq étoiles dignes des plus grands. Une de nos copines en avait même dégotté un sur les contreforts du toit du monde, qui dispensait des massages au sel de l’Himalaya, supposés souverains. Nous étions soulagées !Nous allions trouver là-bas les fondamentaux d’un tourisme spirituel rive gauche, fait d’un savant mélange de pittoresque authentique, de naturel biodégradable et de très civilisés « hors des sentiers battus ». Tout ce qu’on aime. Avec une grande habileté de communication contrôlée, les magazines avaient déployé ces dernières années un discours maîtrisé, désirable et consensuel en phase avec les attentes du moment. Et comme certains mots forcent le respect et l’attraction (écolo, bonheur, bio, Dalaï Lama, clef 3G, 8,5% par an…) le monde entier rêva de s’y rendre un jour. Cependant pour certaines d’entre nous, capricieuses, avant-gardistes, parisiennes et plus réactives que la moyenne, l’urgence touristique absolue était d’y aller au plus vite. Voilà comment je me suis retrouvée au Bhoutan ! Coincé entre l’Inde, le Népal et le Tibet Chinois, le Bhoutan est un tout petit pays d’une population comme Toulouse par exemple et d’une dimension comme environ celle de la région PACA. Comme ses deux voisins, (le Ladakh et le Cashemir) se sont fait engloutir par les deux puissances limitrophes, les gouvernants du Bhoutan, un jour, ont décrété qu’ils sauraient résister aux envahisseurs et garder leur identité. Bon il est vrai qu’ils avaient pour eux la géographie protectrice de sommets hauts de plus de 7000 mètres d’altitude ce qui tout de suite calme les ardeurs impérialistes. Mais au-delà de ça, les bhoutanais ont su gérer leur indépendance et ne prendre de l’Inde ou de la Chine finalement sinon les meilleures choses du moins les plus efficaces. Quelques séjours à Harvard plus loin, les dirigeants rompus aux techniques de marketing les plus sophistiquées et aux modèles économiques les plus rentables ont su faire savoir au monde capitaliste à quel point leur pays était THE destination YOU MUST GO. Il a été décrété que le taux de Bonheur Intérieur Brut, le BIB, calculé sur la base de statistiques savantes, était l’un des plus élevé au monde. L’argument est de taille et a su séduire toute une quantité de nantis voulant tous se rendre au pays du bonheur. Oui nantis car il faut bien le dire, mieux vaut être confortable financièrement car le Bhoutan n’est pas fait pour les routards désargentés à qui nous recommandons de rester en Inde ou de bifurquer sur le Népal. Quelque que soit votre forfait auprès de l’agence locale obligatoire, vous êtes tenus de dépenser un quota quotidien minimum de 250 dollars par jour. Heureusement les cours de marché dans leur infinie mansuétude ont voulu qu’en ces temps, un euro fort nous persuade qu’en toutes circonstances, vous faites une bonne affaire. Mais tout de même !L’heure et quart de vol Delhi/Paro affrétée par la seule compagnie bhoutanaise habilitée, 1000 kilomètres, environ 800 euros, (réservation 1 mois avant) frise le racket organisé. Sachez s’il vous plaît, cependant, que nous sommes entre nous ! car seulement 30 000 touristes par an auront le droit de se faire enfler, les autres devront se poster sur une liste d’attente, histoire d’observer leur désir prendre de l’ampleur. Sur place : prévoyez les offrandes aux divinités, les pourboires au guide, au chauffeur. Oubliez les parures de joncailles artisanales, les plaids de coton à carreaux ou autres bibelots qui prennent la poussière. Tout est cher et rien n’est véritablement séduisant. Please, ne rapportez RIEN en souvenir. Faites des photos, ça fera l’affaire. Après vous broderez et vous vous inventerez les souvenirs qui, comme on le sait, sont les plus beaux. Car à y regarder de plus prés, le Bhoutan, c’est Disneyworld écolo chic, c’est un parc d’attraction mi-trek, mi dzong dans lequel évolue des gens qui expirent et inspirent de l’Evian en souriant. Dans cette ambiance ré-oxygénée, vous croiserez une ribambelle de « seniors » « ravis de la crèche » super en forme qui ADOOORENT ce voyage. Flanqués de leur bâton de ski en tuteurs de fortune, le Damart collé à la peau, en Quechua de la tête au pieds, ces hordes de troisième âge s’éclatent dans les randonnées de cette ambiance non-consumériste hors de prix. On les amène visiter des monastères auxquels on accède après des heures de montée. On souffre, il fait froid, c’est bon. Parfois l’un d’entre eux s’effondre : mal de la montagne ou coronaires mal achalandées mais quelques barres de céréales plus loin, hop, on repart. N’oublions pas qu’ici l’air est trop pur, et que c’est peut-être ça qui nous fait défaillir. Nous ne sommes tellement plus habitués !Au Bhoutan, il fait bon vivre. Alors bien sûr, lorsqu’on se promène dans les rues de la capitale Timphu, rien ne nous prouve le contraire : pas de publicité, pas de distributeurs bancaires, pas de Mc Do, rien de mondialisé, les messieurs sont en tenue traditionnelle, jupe culotte, chaussettes hautes, Kimono rayé, mocassin à bouts carrés. Et en effet ils ont l’air contents. Certains mâchent du betel, cette racine rouge qui rend stone et lorsqu’ils vous regardent, ils dégagent l’intelligence d’un beignet. Mais peu nous chaut, nous ne sommes pas là pour ni les juger, ni les contrarier. D’autant que le rouge aux dents et aux lèvres qui donnent l’aspect d’un vampire venant de se rassasier n’encourage pas au contact. Le Bhoutan, c’est 30% de la population qui vit en dessous du seuil de pauvreté et le tourisme est la deuxième ressource du pays. La première étant l’exportation d’énergie. Les meilleurs élèves iront à l’école des guides où on leur apprendra l’anglais et le discours officiel. Les plus chanceux se feront embaucher par un grand hôtel comme le Amancora, l’un des 5 palaces de la chaîne Aman. Une dame à qui je demande où se trouve le café internet le plus proche, m’invite à prendre le thé. Je rentre dans son habitat sommaire. Dans un anglais approximatif, elle parvient à me dire que son mari la bat, qu’il boit, la trompe et qu’elle veut s’enfuir. Elle me laisse son adresse et me demande de lui envoyer des passeports pour elle et pour sa fille car elle veut venir travailler en France. Je lui explique que c’est compliqué et que je ne suis pas sûre d’y arriver. Comme elle insiste, je la remercie pour son thé au beurre de Yack et l’abandonne à ses rêves. Normalement je n’aurais pas dû me promener en liberté dans les rues, le séjour est balisé et chronométré, mais j’ai séché la visite du énième dzong. Il faut dire que les monastères sont répliqués à l’identique. Le même architecte a sévi partout dans le pays et ce, tout au long des siècles. Toits de bois en petits capuchons évasés, grandes fenêtres quadrillées, façades blanches, grande agora centrale, Thankas, mandalas et autres supports de prières encadrant l’entrée des temples…Personnellement il me plaît de regarder, l’œil et l’esprit vides, ces mandalas qui retracent la vie de Bouddha et évoquent les grandes directions de cette religion. De l’altruisme en passant par l’impermanence, la compassion ou le non-attachement, le Bouddhisme est une sorte de psychanalyse introvertie où la méditation en appelle aux interrogations de l’existence, de sa place dans le monde, du sens des choses. Est-t-on dans sa bonne histoire ? c’est au cours de ces longues minutes de réflexion, face à des icônes clinquantes et enguirlandées que l’on peut soudain entrevoir dans le fond une petite lumière, entendre chuchoter un mot d’ordre. Et si tout comme moi vous parvenez à vous déconnecter pour mieux vous connecter, alors le voyage au Bhoutan aura été réussi. Parce que pour respirer un air plus pur, se pâmer devant des montagnes veinées de rivières bleues, ou se faire masser dans un palace, le bouthan, c’est pas mal certes, mais nous, en France, nous avons les Alpes, et le Meurice. C’est aussi bien, c’est aussi cher, mais c’est beaucoup moins loin.

 

 

Publié par

M.

Happy Quinqua, c'est moi !

4 réflexions au sujet de « Happy Quinqua au Bouthan »

Laisser un commentaire