Happy Quinqua dîne chez des riches.

La famille a vendu il y a quelques années l’entreprise dont le nom est resté synonyme d’une boisson pétillante et festive, et depuis ces gens partagent leur temps entre Londres, les Hamptons et Punta Del Este. Ils sont sympathiques et blasés, égocentriques et cultivés. Ce sont des enfants gâtés qui savent qu’ils ne méritent pas ce qu’ils ont mais adoptent la posture de ceux pour qui tout ceci est une évidence. Ils votent à droite, le font savoir, trouvent que la démocratie a ses limites, que les avocats exagèrent et militent pour le retour des cendres de Napoléon III en France. Se diraient presque royalistes, s’inventeraient presque des origines, s’injecteraient presque du sang bleu. N’espérez pas une question sur vous, votre vie ou votre œuvre. Juste on s’en fout ! Ou bien est-ce par politesse. Chez les riches, il y a des règles, et si vous voulez être ré-invitée, il faut savoir identifier les sujets et mots tabous : PSE, syndicats, coproculture, 15 ième arrondissement, Victor Serge, grande couronne… Evitez la question « Que faîtes-vous dans la vie ? ». La poser est une faute de goût que l’on vous pardonnera et la réponse se situera quelque part entre actifs et caritatif. Bref, Ils sont délicieusement décadents. Dans ce palais, habitat hybride entre Tara, Dysneyland et la maison de JR, là s’envolent des propos en anglais, français et espagnol, tout le monde est supposé être trilingue. Les invités savourent l’ubiquité d’une intendance discrète et la légèreté polie des conversations croisées. Le maître de maison porte le cheveu rare et long et des chaussures de bowling à rayures, ses yeux sont deux fentes horizontales posés en dessous de sourcils hauts. Il est comme le lion dans le livre de la jungle, il simule l’endormissement mais mieux vaut ne pas miser là-dessus. Son épouse est une virtuose des fourneaux, elle est sèche, mince et musclée. ça sent le plein temps. Tout ce petit monde est sympathique, bienveillant, insouciant avec pour tout souci apparent la gestion des indices solaires, le partage des meilleurs fournisseurs et la recherche des distractions les plus exclusives.

Publié par

M.

Happy Quinqua, c'est moi !

16 réflexions au sujet de « Happy Quinqua dîne chez des riches. »

  1. Je vous trouve bien sarcastique sur la « richitude » de vos relations ! voudriez-vous qu’ils soient pauvres, malades et désespérés ? Cela vous rassurait-il sur l’équité sociale ?
    Refuseriez-vous d’échanger leur villa sur la mer contre votre 2 pièce/cuisine américaine (quand même) et pensez-vous que les savoir ruinés rendrait votre vie plus joyeuse ?
    Je ne suis pas d’accord du tout avec cette vision d’un monde dans lequel il y a toujours eu des très riches et des très pauvres, depuis l’invention d’une monnaie d’échange quelle qu’elle ait été. L’acte individuel de générosité a, me semble-t-il, plus d’effet qu’un vague coup de gueule sur le net. Je vais me désabonner de votre site maintenant que j’en découvre la pensée profonde et, Oui, je vote à droite, oui j’ai des ancêtres aristocrates, oui j’ai une résidence secondaire et oui j’aime profondément les Humains et les Animaux auxquels j’apporte mon aide constante.
    Salut !

    1. Vous ne savez pas lire : Quinqua a écrit sur son dîner chez « des » riches et non chez les riches en général, et il s’agissait bien pour elle d’observer en fine anthropologue une famille en particulier.

    1. Merci Lassi, heureusement que vous en redemandez parce que le commentaire de la nana au dessus me laisse interloquée entre sidération et fou rire !

  2. Certes un peu « craché dans la soupe » ce billet, mais si bien vu et tourné que lire l’ire de M’dame Cotinaud-qui-se-donne-des-airs juste après pique les yeux et irrite les neurones. Baisers ma chère M

  3. Ahaha elle est vraiment drôle cette Caroline!!

    Pardonnez chère happy quinqua que je relève l’ecrit d’un de vos lecteurs plutôt que le votre mais la c’était magique: je suis humaniste et zoophile…

    C’est presque mignon de niaiserie.

    Hâte de vous re-lire.

    Y

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