Happy Q(ulture) : Le frelon asiatique

Il y a quelques jours, au comptoir du bar le Florès de la rue du Bac – à ne pas confondre avec le Flore où ce genre de conversation ne pourrait avoir lieu (sauf s’il s’agissait de celui qui trépigne dans la culotte d’une pipole en mal de notoriété) j’ai assisté, médusée et terrifiée, à un grand développé unilatéral et passionné sur les dangers directs et collatéraux du frelon asiatique.

Je n’ai pas souvent l’occasion sur ce blog de m’étaler sur des considérations animales (sauf 1 fois ou encore là), encore moins entomologiques, bien qu’un parallèle entre insectes et humains peut être parfois envisagé, analysé voire « exemplarisé » (allez inventons des mots !).

Le frelon asiatique ou Vespa  Velutina est un prédateur féroce qui a débarqué en France en 2004 sans y être vraiment invité. Au départ, il ne s’agissait que d’un insecte resté coincé dans l’ourlet d’une poterie chinoise. Mais au déballage il s’avéra qu’il était question d’une femelle, reine et enceinte, un peu stupéfaite de se retrouver dans le salon New Age de l’appartement d’un bourgeois routard du Lot et Garonne.

Elle aurait pu aussitôt se prendre un coup de semelle dans le thorax, ou mourir en couche, mais c’était le printemps, la fenêtre était ouverte et avant de se prendre une giclée de Baygon dans les ailes, elle s’envola.

L’inceste et la consanguinité n’étant pas pour elle des concepts dérangeants, la reine frelon s’est donc reproduite avec les moyens du bord pour former très vite une grande famille solidaire et organisée.

Les frelons asiatiques se sont vite rendus compte qu’ils n’avaient pas de prédateurs, et qu’ils digéraient très bien ce que la nature du sud-ouest de la France leur offrait. Sauf que comme c’étaient de grosses feignasses, au lieu d’aller chercher leur pitance sur les fleurs du coin, ils se sont dits de façon assez logique qu’il était plus simple de racketter les abeilles du quartier qui avaient déjà fait le boulot. C’est donc très logiquement qu’ils se sont installés à proximité des ruches.

A l’époque, ces histoires d’insectes envahisseurs n’ont intéressé personne bien sûr, en dehors de 2 ou 3 apiculteurs locaux qui soudain trouvaient saumâtre de voir disparaître leurs reproductrices les plus dégourdies. Sauf que lorsqu’on a commencé à voir dans les arbres des nids de frelons de la taille d’une demi Twingo (bon j’exagère un peu), les observateurs se sont mis à augurer le pire en constatant la diminution progressive du nombre d’abeilles dans la région d’abord, dans le pays ensuite.

Le frelon asiatique n’allait-il pas dérégler notre écosystème avec ses méthodes de sauvages ?

Pour vous donner une idée de sa barbarie, la façon de procéder du frelon asiatique est la suivante : Il se poste en vol stationnaire devant l’entrée d’une ruche, fond sur l’abeille, lui croque la tête d’un coup de mandibules et transporte son cadavre dans la demi-Twingo pour le dépecer et en faire une boulette qu’il portera au menu du soir.

Des techniques plus ou moins sophistiquées, plus ou moins écologiques sont régulièrement inventées pour éradiquer ces monstres (fusil à pompes, dioxyde de soufre, poules gourmandes de frelons …) mais pour l’instant aucune n’a véritablement démontré son efficacité.

D’autant que si vous avez des nids de frelons asiatiques sur vos terres, vous n’êtes pas dans l’obligation de le détruire. Bonjour la relation de voisinage !

Alors forcément des tas de gens ultra vénères s’indignent dans la blogosphère, en appellent aux pouvoirs publics, lancent des associations, communiquent sur leur blog.

A l’heure qu’il est nous en sommes-là.

Autant vous dire qu’on est pas rendus.

Qui a une info, une idée ou un point de vue ?

Il n’y a aucune métaphore politique entre ces lignes, juste le thème de mon post de la semaine, histoire de diversifier les sujets.

Allez bizou à tous, bon week-end sous la pluie si vous êtes à Paris

Publié par

M.

Happy Quinqua, c'est moi !

9 réflexions au sujet de « Happy Q(ulture) : Le frelon asiatique »

  1. Mais quid de la methode developpee par les abeilles asiatiques pour circonvenir l ennemi , la martingale du  » sas surchauffé » que les abeilles en bande forment pour venir a bout du predateur ?
    C est du genie cette facon de faire !

  2. En effet, les abeilles ont développé instinctivement une contre défense ; celle d’entourer le frelon asiatique et de l’anéantir par l’augmentation de température. Sauf que ça ne marche pas trop, elles s’épuisent et deviennent tellement faibles qu’elles ne peuvent plus aller butiner les fleurs ensuite. Elles meurent donc, soit d’être attaquées, soit de se défendre. Elles devraient aller ailleurs, sauf qu’elles étaient là avant.

  3. Pauvre Reine, pauvres abeilles. C est avec plaisir que je lis régulièrement vos commentaires pleins de poésie, d humour … J »apprends beaucoup de choses à la lecture de vos sujets très variés. Je ne suis pas à Paris mais il pleut aussi dans le Sud.

    1. Merci pour votre commentaire, ce dimanche à Paris s’achève dans la lumière et la douceur d’un hiver tiède, comme quoi le soleil ou la pluie, ça va ça vient…

  4. Bonjour,

    Etant référent frelon asiatique (FA) sur la Drôme et organisant la surveillance, je peut donner quelques précisions…

    Tout d’abord, les FA adultes se nourrissent exclusivement de nectar et liquides sucrés, c’est pourquoi on peut les trouver sur des fleurs au printemps et en train de boulotter des pommes à l’automne.
    Ils chassent effectivement des insectes pour nourrir leur larves qui les récompensent en leur offrant une goutte de « super liquide » qu’elles sécrètent.

    Leur proies compte bien sur des abeilles mais pas que. En zones rurales, elles ne représentent que 30% de l’alimentation des FA (étude MNHN), et quand je parle d’abeilles, j’entend TOUTES les espèces d’abeilles donc pas seulement les domestiques. En zones urbaines et péri-urbaines, c’est une autre affaire… Comme le gibier est moins important, quoi de plus sympathique qu’une ruche, véritable supermarché du coin, pour nourrir la progéniture? En gros, dans les zones très touchées, fini la mode des ruchers sur les toits!

    Au niveau de la lutte, effectivement, il n’y a rien de radical. Il faut bien comprendre que l’éradication est devenue impossible (59 départements touchés). La méthode la plus efficace est la destruction des nids, en suivant un protocole précis pour éviter la récidive (donc dehors les coups de fusils et autres destruction au feu!). Le principal problème évidemment, c’est de les trouver…

    Un autre soucis reste le coût (environ 150 à 200€) qui rebutent certaines personnes à faire intervenir un professionnel (ce qui se comprend) lorsque aucune aide publique n’existe (ce qui est laaargement le cas)

    Enfin, le produit utilisé habituellement est la perméthrine, poudre bien dégueulasse avec une forte rémanence (demandez aux pies qui viennent picorer les bons frelons poudrés!) auquel ont oppose le SO2, bien moins polluant mais hélas interdit (l’autorisation exceptionnelle étant arrivée à son terme).

    Le frelon est classé danger sanitaire de deuxième catégorie pour l’abeille domestique, ce qui veut dire que la lutte est au bon vouloir des autorités locales (par exemple en Ardèche, les nids authentifiés sont détruits gratuitement par les pompiers; en Drôme ben… débrouillez vous!)

    Voilà! Quand au dangers sur la population, tant qu’on ne s’approche pas trop près du nid (environ 5m), rien à craindre! En solitaire, ils sont inoffensifs (j’en ai attrapés en train de se nourrir de figues de barbarie avec les doigts sans problème) sauf si évidemment on joue avec…

    Bref, affaire à suivre (un arrêté serait prévu pour bientôt)

    1. ça sent la veille mondiale, bienvenu sur Happy Q cher Florian, le blog happy qui parle de tout même du frelon asiatique ! Et un grand merci pour votre commentaire qui répond à toutes les questions que l’on se posait.

  5. C’est merveilleux de s’occuper du bon fonctionnement de la planète, me voila renseignée sur ces vilains insectes, mais ça n’a pas l’air si facile de s’en débarrasser…
    Mais le blog a beaucoup d’intérêt. Qui va sauver nos précieuses abeilles?

    1. « mais ça n’a pas l’air si facile de s’en débarrasser… »

      Comme dit plus haut, l’éradication est impossible à un tel stade de présence, il y a à l’heure actuelle 59 départements touchés, à cela s’ajoute le nord de l’Espagne, la Belgique et certainement l’Italie d’ici un an ou deux…

      Les prochaines évolutions vont consister à « maîtriser » sa population, nous n’avons pas le choix que d’apprendre à vivre avec!

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