île de Ré, le temps, les gens et l’Happy(Q) Thérapie

L’île de Ré est un joli endroit préservé qui déploie durant l’été une palette de couleurs sourdes que l’on retrouve dans dans la gamme Pantone entre le vert cendré N° 2706 et le gris sombre un peu bleu N°5425. Au cours de la journée, un soleil indécis tout en caprice perce en pointillés un ciel opaque et plombé, (l’expression «un ciel bas et lourd» est plus adaptée mais déjà prise). Dans cette drôle d’ambiance de changement climatique, là plutôt qu’ailleurs, toute conversation démarre inévitablement par un constat météo et laisse le chaland sur une note «d’acceptance» qui va du découragement en cas d’intempéries subies à la joie béate dans l’hypothèse d’un beau temps annoncé.

Ce qui est sûr, c’est qu’à l’île de Ré le touriste averti se doit d’emporter une double valise, l’une pleine de pulls et de livres, l’autre remplie de maillots et de protection solaire aux indices dégressifs. Se tenant prés à chaque instant à dégainer l’équipement ad hoc correspondant à cette double saisonnalité.

En fin de journée le vacancier rhétais s’exprime sur un terrain de pétanque et s’hydrate vaillamment au rosé glacé. Les épouses, elles, restées au café, traînent un chapelet de bambins blonds bronzés et disciplinés. Elles ont souvent dans la voix cet espèce de gouaille chic à l’antépénultième appuyée qu’autorise la bonne naissance.

Ces gens semblent posés depuis toujours sur les rails d’une vie solide et structurée : enfance aux scouts de France, mariage précoce, messe le dimanche, reproduction réitérée… Rassurant j’imagine.

A Loix, les jours de marché, les McLaren empêchent la bonne fluidité de circulation mais il règne dans l’air, en plus d’une humidité persistante une civilité maîtrisée propre sur elle dont nous ne pouvons que louer la proximité. Même si on entend crier des prénoms qui sonnent mal à l’invective : Corentin, Alienor, Zboub….il est toujours appréciable de trouver des personnes suffisamment aimables pour nous donner la direction des plages via pistes cyclables ou nous renseigner sur le niveau des marées.

Pour moi, méditerranéenne de souche profonde, séjourner dans cette région se situe entre le pensum et l’expérience. Fallait-il une obligation ou une bonne raison pour s’y rendre. Entre les pluies quasi quotidiennes et la population homogène étrangère à mon milieu de bobo nomade, l’île de Ré n’était pas dans mon top 10 mais la conjugaison de trois paramètres : Curiosité, Opportunité, Amour eut raison de ma réserve naturelle.

Un jour, un dimanche matin,IMG_0207sur le marché de La Cuarde (Beau village au vilain nom) nous avons rencontré une sorte de gourou plus allumé qu’éclairé, limite illuminé, qui vendait toute sorte de produits promettant santé, longévité, bien-être. Des gelées à base de gingembre et de perlimpinpin, des huiles essentielles à notre vitalité, beauté, virilité, et tout ce qu’on voulait. Au fur et à mesure que notre attention augmentait à l’écoute de ses propos il me sembla que ceux-ci gravissaient les paliers constants d’une folie douce indiquant que le gars était bien «dedans», comme on le dirait d’un alcoolique ou d’un fanatique.

IMG_0198Il commença par la description des vertus du Reishi, pâte de champignon au goût de compost, (nous en achetâmes), continua par la critique pure et paranoïaque des intérêts commerciaux des laboratoires au détriment de notre santé, («nous sommes manipulés, la preuve bla bla bla….») et termina son discours par les bienfaits des piqûres d’abeilles qu’il est bon d’utiliser telle une acupuncture naturelle. C’est l’apithérapie.
Bref, information, indignation, évangélisation. J’exagère bien sûr mais la secte ne me sembla pas bien loin.

Mon compagnon qui a des étoiles dans les yeux à l’évocation de certains mots tels BIO, Spiruline, Granola, Macron, 4G…apparemment sensible à ces discours diafoireux paraissait au bord de l’hypnose.
Craignant de finir le séjour en quête de ruches, et avant qu’il ne dépense une partie de l’argent des vacances en compléments alimentaires, algues, propolis et graines diverses, je claquai deux fois dans mes mains devant son visage pour le ramener à la réalité et faire cesser les cercles concentriques décroissants qui avaient envahi ses pupilles.

Le gourou termina par la description de la douleur d’une piqûre d’abeille sur le nez, dont il avait contrôlé la douleur grâce à la méditation, que nous devrions pratiquer quotidiennement à la maison et sans raison.
Je respecte et pratique à mes heures une forme de méditation mais pour calmer les effets d’une piqûre sur un nez qui double de volume, il y a peut-être plus efficace non ?

Publié par

M.

Happy Quinqua, c'est moi !

10 réflexions au sujet de « île de Ré, le temps, les gens et l’Happy(Q) Thérapie »

  1. C’est l’amour qui a toujours besoin d’une petite piqure de rappel… Accompagnée de miel, ton expérience réthaise m’a l’air d’être nirvanesque ma chère amie bobo nomade… Bises aux deux

    1. Ce n’est peut-être pas dit aussi clairement mais en réalité j’ai adoré, malgré le temps et les couleurs. Comme quoi le temps a finalement peu à voir avec des vacances réussies.
      OK avec toi pour les piqûres de rappel : ne jamais les oublier
      à bientôt ma chère Pishoe

  2. Très belles descriptions de l ile de Ré, j’en ai eu les mêmes ressentis mais moi au bout de 4 jours je voulais rentrer chez moi dans le sud, le soleil me manquait trop…

  3. Il y a une drôle de contradiction entre le touriste BCBG et ses enfants bonpointnisés et ce gourou…trouve-t-il des clients, à part votre compagnon…?
    Nous, dans le sud, nous n’avons pas l’exclusivité d’une telle clientèle !

    1. Ah c’est sûr que notre sud (pas St Trop, pas Rama) est bien plus bigarré avec sa bio-deviersité et les mangeurs de graines bio sont partout.

  4. bonjour, ce qui est dommage c est que l architecture n a pas été respecté dans l île,contrairement à brehat qui est superbe et préservée.

    1. Bonjour, ce n’est pas si mal, ça aurait pu être pire. Moi je trouve ça joli, Ré comme Bréhat, le problème pour la Méditerranéenne que je suis : trop de pluie !

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