Sixto

Hier j’ai eu la chance d’assister au concert de Sixto Rodriguez. La star ressuscitée avait été exhumée récemment à la faveur du documentaire à sa gloire : Sugar Man, sorti en décembre dernier. La conséquence de ce succès en salle a été de remplir le Zénith pour les 2 soirées où il y était programmé. Alors, c’était comment ? Touchant, triste et pathétique. Sixto ne s’est pas fait changer le sang en Suisse tous les 2 ans comme le dit la légende à propos de certaines rock stars mythiques, Sixto a juste eu une vie difficile durant les 40 années de son anonymat. Être inconnu est le lot de presque tous, mais dans le cas présent, la curiosité sûrement unique au monde, vient de ce que Sixto a été célèbre avant et même à son insu.

Rongé par l’alcool ou la timidité, il est apparu sur scène en traînant des pieds, le cheveux long, le chapeau enfoncé jusqu’aux oreilles et les lunettes de star. Au milieu du spectacle, Sixto a tombé la veste et nous sommes restés cois en constatant que cet homme en débardeur, de 70 ans au compteur, était encore sinon vert du moins présentable. (j’en connais “des” – de 20 ans de moins – qui, torse-poil sont beaucoup beaucoup moins bien) ça c’est pour l’apparence, mais comme nous étions venus là plutôt pour l’entendre, nous nous sommes donc raccrochés au timbre grave et velouté de sa voix en se repassant dans la tête en même temps qu’il les chantait les mélodies de ses succès qu’il s’osbtinait à massacrer.

Pourtant la bienveillance flottait dans ce public à la tranche d’âge très large, alors, quand le vieux lion de mer est venu s’échouer sur la plage du Zenith, un peu lent, un peu tanguant, la voix suave toujours à deux doigts de dérailler, la salle n’a pas eu le cœur à balancer sa déception. Après une heure et demi de cet inconfort psychologique, la lumière s’est vite allumée pour signifier qu’il n’y aurait pas de rappel. Sans insister, le public comprit qu’il était temps que l’on rende sa tranquillité à ce vieux monsieur abimé.

Ce n’était pas un concert, c’était un hommage.

Nous quittâmes le Zénith dans un silence religieux.

Publié par

M.

Happy Quinqua, c'est moi !

13 réflexions au sujet de « Sixto »

    1. On sent qu’aux manettes il y a les organisateurs qui poussent. On ne peut que pardonner; mais c’était bien lui, écrasé par sa nouvelle célébrité peu compatible avec sa modestie. Bref un moment intéressant à plusieurs niveaux …. sauf musical.

  1. J’avoue que le buzz fabriqué autour de ce type m’a exaspéré, donc je suis assez content que le tout-Paris se soit déplacé au Zenith pour un concert dont le seul mérite est de t’avoir inspiré ces lignes aigre-douces…

  2. Un commentaire juste et sensible, j’ y étais aussi et c’est ainsi que je l’ai vécu.
    Heureusement que la vie n’est simple, que les légendes se fracassent au fil de la réalité que les émotions puissent être ailleurs, un peu secrètes dans le rêve que chacun poursuit. Allez je vais écouter cold fact. Non rien de rien, non je ne regrette rien…

  3. Non surtout pas regretter, le concert était nul mais les chansons demeurent magnifiques (surtout rich folk hoax), merci Michèle pour votre commentaire.

  4. Et p’tre que si il avait rencontré le succès lors de sa jeunesse il ne serai plus en vie,ou en pire état que maintenant? Il y a un paquet de zombie du rock bien plus pathétique que lui, qui on pactisé avec le diable de l’industrie du disque, ce n’est pas son cas, il a été épargné (malgré lui) et de ce fait loin de cette merde. J’espère qu’on va lui foutre la paix. Le film traduit parfaitement le niveau de sagesse du bonhomme. Un concert ???

  5. Mais c’est Prince Biker qui s’indigne ! on t’entend quand on te lit. Mais heureusement que les artistes sont accompagnés de professionnels qui ne sont pas tous des escrocs. a chacun son boulot.

  6. Est ce qu’il est heureux de ce succès sur le tard ?
    Etonnant que ce chanteurs ait pu passer à travers par rapport à tant d’autres sans talent qui étaient poussés sur le devant de scène.On sent la tristesse dans votre post – peut-être il n’a pas envie de cette pitié que la plupart ont du ressentir ?

  7. Tout ça est difficile à dire, avec un peu de chance il ne comprend pas ce que disent les journaux en France, mais je crains pour sa prestation à radio City à New York en octobre,

    1. si si je suis toujours là, parfois occupée mais toujours fan de sixto qui apporte un vent de fraîcheur des seventies dans une ambiance morose

  8. J’ai vu le film, mais pas pu voir le concert et je le regrette. Je pense qu’il mérite cet hommage comme vous l’avez si bien ressenti. Respect à cet homme. Et le buzz… ben c’est tout simplement le business… Si cela permet de lui rendre un peu de justice.

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