Un jour…. Ils partent – un jour… ils sont partis

IMG_5083Pendant des années ils ont rempli la maison de leurs rires et de leurs cris.

Leur a t-on assez dit quand ils étaient petits qu’on les aimait alors qu’il nous arrivait sûrement plus souvent de pester contre eux pour des choses dérisoires : « moins fort la télé, assez de jeu vidéo, ça suffit les gâteaux, arrêtez de vous disputer… »

Comme nous avions le soulagement coupable le lundi matin lorsque la nounou arrivait ou lorsque nous les déposions à l’école !

J’ai le souvenir d’avoir souhaité des week-ends plus courts ou qu’ils fassent des siestes plus longues, tant il était fatiguant de gérer deux enfants en bas âge après une semaine dense de travail et de stress. Je me faisais un devoir de ne pas me faire aider, je l’étais suffisamment dans la semaine pour leur consacrer mon week-end. Il fallait aller au parc, les surveiller, trouver des activités… parfois on avait juste envie de retrouver des copines célibataires, de faire du shopping, ne plus bouger, aller à la danse, alors on négociait avec les pères et on regardait sa montre.

Et puis ils sont partis. On les a même poussés dehors, mais comme souvent, on a dit le contraire de ce que l’on pensait, on a fait semblant d’être ravie de leur départ, on les a même aidés à s’installer ailleurs. Puis la maison est devenue vide de leurs bruits, et nous sommes allées jusqu’à regretter même ce qui nous agaçait. Avec eux ils ont emporté leur musique et leur pagaille, avec eux ils ont emporté la fraîcheur et les rires. Après, ce ne sera plus jamais pareil.

Désormais, nous passons notre vie à leur courir après, à négocier un peu de leur présence, à leur remettre le nez dans leurs racines afin qu’ils n’oublient pas d’où ils viennent (efficace prétexte), à inventer des occasions, à proposer des moments partagés et des voyages de plus en plus lointains. Ils nous concèdent alors un peu de leur temps, mais c’est à leur tour de regarder la montre. Ils n’ont pas trop de temps, ils ont leur vie et elle se construira sans nous.

Nous ? Il faudra se faire à l’idée. Que faire de tout cet amour dont nos enfants exigent le bémol ? Certains prennent un chien, un chat, un amant ou des médicaments. Il faut un peu de temps pour retrouver un équilibre et savourer tout simplement leur existence d’un peu plus loin.

Lorsque je me surprends à voir dans cette indépendance avouée une forme d’ingratitude ou d’injustice, je repense à mes parents qui ont vécu avec moi (un peu) la même chose avec ces élans de rébellion qui décidaient pour moi.

Et puis le temps fait son travail, le rythme s’installe, et nous savourons désormais avec plus d’acuité, comme un cadeau du ciel, ces moments merveilleux dont ils ne soupçonnent même pas la portée.

 

 

Publié par

M.

Happy Quinqua, c'est moi !

27 réflexions au sujet de « Un jour…. Ils partent – un jour… ils sont partis »

  1. C’est tellement vrai !

    Eh oui, la roue tourne et c’est bien comme cela. Nous aussi avons volé de nos propres ailes, en-dehors du sillon familial. Réjouissons-nous pour eux et goûtons ces moments passés ensemble qui, de plus, nous font souvent voyager. Pour moi, c’est la Chine et Londres, où je viens de passer un very charming week-end (à Londres, pas en Chine!). Et se faire chouchouter par ses enfants quand on leur rend visite, what else ?

    Manuelle

  2. Et puis… Ils ont a leur tour quelques enfants… Hyperactifs , ne faisant pas leurs nuits,… Alors nos enfants reviennent , enfin … Nous devenons, meme pour eux… Grand mere, Mamie,Granny , grand ma…ils deposent leur descendance pour aller soit en seminaire soit en voyage lointain…

    C est bien mais c est rude… J avais eu le temps de m habituer a la solitude tranquille de l apres .

    1. Oui il y a un créneau entre leur départ et l’arrivée de la génération d’après à laquelle nous n’aurons pas d’autre solution que de s’impliquer. Ce sera alors une autre histoire !

  3. Tout ça est si bien dit ! Après tant d’années consacrées à eux, le vide peut être difficile au départ, même pour le couple qui se retrouve du coup seul face à face…Dans ces moments-là, c’est bien d’avoir une vie sociale avec des amis/amies…Mais les enfants murissent, et ils reviennent avec plaisir, à condition qu’il n’y a pas de pression. Régulièrement, nous faisons des voyages ensemble, et chaque fois ce sont de bons moments. Méfiance toutefois pour ne pas se faire piéger et devenir la génération sandwich http://wp.me/p2H2o8-4er !

  4. ahhhh les parents…les mères surtout!! Pour moi malheureusement c’est trop synonyme de cass-tête entre incompréhension et culpabilisation…bref c’est dommage mais il faut l’accepter…

    1. Il faut être gentille avec sa mère et lui accorder les moments qui lui font plaisir mais il ne faut surtout pas se laisser envahir par elle. Et bien sûr dans l’autre sens ne pas envahir ses enfants. Aussi difficile !

  5. Ah, je dois dire qu’effectivement le titre n’a pas le ton habituel… Plutôt pathétique … Et j’ai eu presque peur… De découvrir quelque chose de grave… Mais non, les enfants qui s’envolent , le phénomène nid vide… Le rêve de liberté dont on a toujours rêvé paradoxal avec le rêve de garder ses poussins sous son aile…
    « Partir , c’est mourir un peu »…mais que dire quand nos chers petits partent? C’est vrai, ça ne nous rajeunit pas … l’occasion de vivre sa vie? L’occasion de faire tout ce que l’on a pas pu faire avec des petits fils à la patte ?

    Pour tout ça , il faut aller bien …rien de nouveau , c’est comme pour faire grandir sa famille… Les mères ont plus d’une corde à leur arc, car elles passent leur vie à s’adapter… Alors haut les cœurs…keep moving les filles!

    1. en Amerique on appelle ce passage de l’existence: « the empty nest syndrome…. » c’est a dire « le syndrome du nids déserte, » toutes les mères passent par ce moment étrange ou tout d’un coup apres avoir été nécessaire au bonheur de nos enfants pendant de longues années on se retrouve, quand ils partent, hebete, inutile,nageant dans une soupe diluée avec la certitude que si nous ne voulons pas tomber dans le lac, il faut vite s’organiser et réinventer sa vie…Et nous y arrivons! tant de choses a faire, d’amis a voir, de placards a vider, de livres a lire, et de conseils a donner, toujours…Les enfants ne vous quittent jamais vraiment…S’ils vous aiment et que vous les aimez inconditionnellement.!
      Bravo M! ton texte est tellement bien senti…

      1. Oui je me rends compte que c’est un sujet assez classique mais assez peu évoqué finalement. Chacune gère ça à sa façon. Et on s’habitue à tout. Merci Papesse.

  6. Formidable post . Je sens ma gorge se serrer . Mais bon sang , qu’est ce que ça veut dire ‘profiter’ alors que l’on connait la fin.

    1. « il y a un temps pour tout….  » tu connais l’Ecclésiaste, un texte lourd de sens que l’on retrouve dans toute cérémonie religieuse. Et bien c’est ça : profiter.

      1. Oui dans le fond, mais je n’aime pas le verbe « profiter ». Montaigne avait une belle expression qui convient parfaitement : « vivre à propos ».
        Je n’ai pas d’enfants, mais votre texte me touche beaucoup.

    1. En fait je me rends compte en regardant les chiffres de ce post (mon record) qu’il a touché pas mal de monde, il s’agit de notre relation avec nos enfants et aussi celle avec nos parents.

  7. Désormais nous passons notre vie à leur courir après, à négocier un peu de leur présence…
    J’acquiesce à ce qui est dit et applaudis à ce que tu écris, heureuse Q !

  8. Derrière le masque, justesse, finesse, tendresse oh combien plus précieuses que ce qui amuse en général la galerie prête à se divertir avec les frasques et bons mots.
    Commentaires de mon fils sur ce post.  » Seul, on va vite, ensemble on va loin ». Je comprends qu’il n’est plus question d’indépendance, de perdre ou de gagner mais d’entretenir le lien?

    1. Oui on rame un peu pour entretenir ce lien et on cherche (et trouve) des astuces. J’ai écrit ce post parce que je n’arrivais pas à joindre mon fils par Skype… Je ne lui ai toujours pas parlé depuis 1 mois mais au moins je sais qu’il l’a lu.

  9. hé bien j’ai vécu ça aussi et en ai même fait un petit rondeau à la manière de Charles d’Orléans (http://www.niftyfifty-and-the-city.com/envole-du-nid/). A présent je suis orpheline, célibataire et mère intermittente puisque mon oiseau est parti à Lyon… Ce n’est pas si facile de trouver autre chose après 17 ans consacrés à lui apprendre à voler et pourtant j’ai un travail et plein d’autres centres d’intérêt (dont un blog)!

  10. Très beau texte Mylène, c’est tellement vrai mais une fois les enfants partis c’est souvent nos parents qui nous interpellent et à qui on essaie de donner un peu de notre temps.De ce fait nous retrouvons un peu avec nostalgie nos racines, le lieu ou s’est déroulé notre enfance…..pour peut être un retour aux sources……!

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