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L’agence

Il y a 30 ans presque jour pour jour je montais ma boîte. Une agence de publicité qui s’appelait QUALIPIGE, ce qui faisait parfois sourire ceux qui comprenaient le jeu de mot. Qualipige proposait aux marques la réalisation de campagnes en publi-reportages dans les magazines, une technique de communication d’une autre époque (aujourd’hui on dirait du « brand content »).

Au début je sous-louais un coin de bureau dans un loft près de la Bastille, puis très vite nous avons eu de gros clients et de grands bureaux dans une petite maison toute en couleurs qui s’étalait à la verticale sur six niveaux. 

Au rez-de-chaussée était l’accueil, avec derrière ce qu’on appelait la banque, une créature diaphane qui vous souriait. C’était un meuble rouge festonné de feuilles d’olivier avec en son centre un grimoire, un encrier, une plume. Un couple de designers amis avait fait la décoration, dessiné le mobilier, réalisé des pochoirs des lettres grecques que l’on retrouvait dans chaque pièce, et à chaque étage. Un esprit helléniste fait de représentations graphiques, de couleurs vives et de mythologie grecque habitait le lieu. Même la moquette était en couleur, en harmonie avec celle du plafond. 

Deux petites banquettes assorties encadraient la banque. Le tissus de l’assise avait été choisis en cohérence. S’y asseyaient les prospects, les clients, les fournisseurs, les commerciaux des magazines, les demandeurs de stage … 

Au premier étage se trouvait la production, au second « la créa » et la rédaction, au troisième la salle de réunion, mon bureau et celui de mon assistante. Au dernier étage il y a un coin cuisine et trois petits bureaux. Ils étaient une solution de repli pour qui voulait s’isoler. Selon les périodes ces bureaux étaient vides, ou occupés par des rédacteurs salariés de la boîte, avant d’être sous-loués par des travailleurs indépendants quand les temps devinrent plus difficiles.

En ce temps-là, tout était plus lent : la mise en page, l’écriture, les photos, les réunions. Les planning étaient étirés et personne ne les contestait.

Les photographes shootaient en argentique, pour chaque photo on faisait un pola que l’assistant photo faisait sécher en l’agitant pendant quatre minutes, ensuite tout le monde regardait le pola, et chacun ajustait son travail à l’image : le coiffeur replaçait une mèche, le maquilleur poudrait une brillance, le styliste défroissait un pli, le photographe déplaçait l’angle, changeait de focale, rajoutait une gélatine. Puis on refaisait un pola jusqu’à obtention du résultat souhaité.

Vingt ans plus tard, j’arrêtai. Je m’étais lassée de ce métier, de cette « industrie » qui comme bien d’autres avait opéré sa mue. D’un coup mon expérience avait perdu de sa valeur. Je n’avais plus trop envie de continuer à faire un métier qui allait me dépasser. Surtout, je n’arrivais plus à dépenser mon temps et ma concentration en faveur de la consommation de sodas édulcorés, de yaourts bifidusés, d’anti-rides liposomés, ou d’après-shampooings siliconés.

Donner du sens, rajouter de l’éthique à son quotidien, se ré-approprier son temps, apprendre, partir, partager, aimer, lire…. Ecrire.

Choisir ses clients.

Voilà ce qui a été l’objectif de l’après.

Happy Quinqua, c'est moi !

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