Pour les draps, vous repasserez

A l’époque dans les familles catalanes moyennes, c’est à dire entre populaires et bourgeoises, lorsqu’un garçon naissait, le père était en joie, la mère soulagée, on faisait péter le mousseux en souhaitant qu’il devienne plus tard un rugbyman courageux et qu’il reprenne la boutique. Mais si le premier enfant était une fille, un grand silence suivait cette information. L’épouse savait qu’elle devait s’y remettre sans attendre, et si le deuxième enfant était encore une fille, c’était la panique « Il va me remplir la maison de filles » disait-elle, effondrée, à sa copine.
Les grand-mères, elles, étaient ravies. cette petite nous vengera, pensaient-elles. Elle sera libre, (pas comme nous). Et  elle aura son trousseau (comme nous)

Car c’est à elles que revenait la mission de constituer le « trousseau ».
Durant mon enfance, mes aïeules ont passé des jours et des nuits sur deux lettres. Je les voyais concentrées sur leur ouvrage, je me souviens même d’un couvre-lit sur lequel l’une de mes deux grand-mères s’est acharné, à s’en faire tomber les yeux, un travail (non rémunéré) qui a duré plusieurs années.
Même si elles ont sous-traité en partie, elles ont brodé de leur main sans relâche une bonne partie de mon trousseau de mes initiales : linge de maison en fil de lin, draps en lourds, épais, serviettes de toilettes, draps de bain, taies d’oreillers, nappes, serviettes de tables ….
Le trousseau devait me revenir à mon mariage. Et oui ça servait à ça le trousseau, une sort de dot à l’équipement.
Encore eût-il fallu que je me marie en bonne et due forme.
Encore eut-il fallu que l’arrivée de la couette au début des années 80 et la mode des grands lits n’envoient pas ces tonnes de draps dans le fond des armoires.
Ils y sont toujours
Intacts
Jamais servi
Auront-ils une seconde vie ? Ou une vie tout court ?
Hummmm
C’est plié !

 

 

Bon elles n’ont peut-être pas tout fait à la main, sur ce coup-là je brode un peu….

Publié par

M.

Happy Quinqua, c'est moi !

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