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Tous à la colo


Au bout de la quinzième exclamation « QUOI Tu ne l’as pas encore faite ? Ah mais tu sais qu’à partir de 50 ans, tu es obligée, promets moi que …. » 

Pourquoi ai-je décidé que le bon moment serait au retour de ma cure ayurvédique ?

J’avais les chakras bien ouverts, le colon rose millénial presque transparent, la colonne vertébrale en virgule inversée à cause de la position du cobra pratiquée huit fois par jour… J’avais éradiqué de mon alimentation le café, l’alcool et le pain, bref c’est donc armée de défenses immunitaires au taquet que j’ai démarré ma préparation à la colo.

Pour les novices, je signale que la veille de l’intervention est une journée d’expérience inédite, vous vous déshydratez à la vitesse de la lumière dans une verticalité drue. En ce qui me concerne j’étais déjà nettoyée à l’aide de décoctions aux herbes indiennes, une deuxième lame est passée avant que le poil ne se rétracte. Je crois être devenue à ce moment-là véritablement un pur esprit.

Le lendemain, donc le jour J, alors que je patiente dans la salle d’attente en suppliant le temps de s’écouler le plus vite possible, ce qui est l’inverse de ma supplique habituelle, une infirmière entre et demande : « Pour le docteur S j’appelle Monsieur Truc et madame Happy Q, on vous attend au deuxième étage ».

Monsieur Truc est un garçon d’environ 25 ans en jogging, chaussettes et claquettes Nike et j’avoue être un peu étonnée de le voir se faire pratiquer ce genre d’examen qui s’adresse en général aux quiquas et plus. 

– Je suppose que c’est pour la même chose, demande t-il.

– J’imagine que oui, vous allez à la colo vous aussi ?

– Ah non moi je me fais opérer d’un cor au pied. dit-il

Ça commence bien.

Je comprends que mon chirurgien est une fine lame du genre couteau suisse, et qu’il sait tout faire. Mais qu’il passe du cor à la colo dans un même élan ne me rassure pas du tout.

Quand je demande des explications à un infirmier (ou un interne ?) celui-ci me répond dans un éclat de rire mais non ce n’est pas la même personne, le docteur S ne fait pas les cors.

J’enfile une sorte de tablier de papier qui ne couvre que le devant du corps. Le même infirmier (ou interne ?) me demande mon nom, ainsi que le motif de ma visite puis poursuit « On vous fait bien une fibro c’est bien ça ? »  Là je m’énerve un peu.

Vous voulez dire que vous ne savez pas ce qu’on me fait ?

A ce moment-là j’ai envie de m’enfuir, mais je n’ai pas la tenue adéquate pour le faire.

Une infirmière un peu fofolle qui parle très vite me demande ce que j’ai envie d’écouter comme musique. Avant que je n’exprime un quelconque souhait, elle a déjà mis La Compagnie Créole « Et ça fait rire les oiseaux ». Hyper contente de sa sélection musicale elle se met à chanter et à danser. Elle aussi a environ 25 ans et comme tous les jeunes de sa génération elle connaît les paroles par coeur de tous les tubes des années 90. Ensuite elle me dit : « Et vous connaissez La Lambada ? Puis j’ai droit à la musique du Roi Lion, « Vous avez vu le roi Lion ? Me demande t-elle. 

Je n’en peux plus de sa playlist je veux juste qu’on en finisse.

Après 45 minutes d’attente sur fond de ce traitement musical éprouvant, l’infirmier (ou interne ?) vient me chercher « Allez on y va ma chère Dame »

« Ma chère Dame », me paraît un peu familier mais je ne relève pas.

Et puis l’absence qui s’enveloppe d’un bref rêve moelleux et les yeux qui s’extraient de leur nuage ouaté dans la langueur d’un réveil doux dont l’atterrissage est gâché par une voix métal « Allez on se réveille ma chère Dame ».

Mais qu’on le neutralise ! Please.

« Je vous laisse le compte rendu, le médecin va venir vous voir ».

Voilà c’est terminé, je veux partir le plus vite possible, quitter cet endroit peuplé d’impertinents qui chantent et dansent.

Mes esprits se rassemblent, où suis-je ? qui suis-je ? c’est bon, je peux répondre. 

Mes affaires sont là, je vais m’habiller et m’enfuir. 

Mais avant je jette un oeil sur le compte rendu et je suis tétanisée par l’intitulé : « Fibroscopie ».

Je hurle

L’infirmier interne arrive en courant

Qu’est ce qu’elle a la chère Dame ?

Mais qu’est ce qu’on m’a fait ?

« Ah pardon je me suis trompé de dossier » dit-il. Désolé.

Et de bouger soudain mes orteils pour vérifier qu’ils sont tous au complet.

Post écrit en écoutant la musique de La Vérité Si Je Mens Les débuts que je vous propose d’entendre en avant première dès que j’ai le feu vert du compositeur. Je peux juste vous dire un truc : c’est un TUBE qui met de la joie dans la tête. 

Photo prise hier aux Petites Dalles lors de l’apéro face au soleil couchant, un délicieux moment entre amis. Parce que la cure ayurvédique et tout le reste c’est super mais c’est terminé. Vive le pain, le vin et le café.

Happy Quinqua, c'est moi !

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