Se répandre, se tenir, ralentir

La part de voix de notre ego sur l’internet revêt mille représentations, Facebook se substitue au psy, Twitter est le baromètre de nos émotions et Linkedin sur lequel nous nous valorisons les uns les autres nous rappelle régulièrement à son bon souvenir. Tout ce mal qu’on se donne pour être aimés, pour être lus, achetés, ou vendus, ou pour séduire, ou alors juste pour exister. Les réseaux sociaux doublés de cette montée de l’individualisme où le sens de l’existence passe par la multiplication des envies difficiles à obtenir mais faciles à exprimer, nous apporte le sentiment paradoxal d’un éphémère modulable et combinatoire. On zappe, on consomme, on jette, tout ça de plus en plus vite, jusqu’à ce que les désirs se superposent, on en fait qu’à notre tête, mais on la perd à force de se la prendre, vous ne croyez pas ? Et on devient dingue avec cette frénésie de l’accélération où même l’idée de la durée ne dure pas. “Accélération” c’est justement le titre d’un livre magistral, celui d’’Hartmut Rosa (ed la Découverte) un sociologue allemand qui livre la théorie selon laquelle nous subissons une accélération tridimentionnelle simultanée de la technique (transport, communication…), du social (on change d’appart, de partenaires, de pays, de religion…) et du rythme de vie (stress, manque de temps…). Son analyse des conséquences est intéressante. Cela m’inspire la nécessité d’un ralentissement in & out. De partager un bon moment avec un ami cher au Grand Palais face aux immenses tirages des photos d’Helmut Newton (fait), de mettre de la couleur dans ses yeux en allant à Beaubourg voir ces Matisse dont on ne se lasse pas (fait), de contempler les nus de Degas (pas fait), de regarder en face, à côté, et accessoirement en soi. Bon et ensuite se ressaisir parce que l’angle “développement personnel” n’est pas celui de la Happy Quinqua des temps modernes. NON, NON, NON ne partez pas, ne me quittez pas, je vous promets de ne plus vous refaire le coup de la Happy Culture du samedi matin. Sauf si vous en redemandez, alors ?

Publié par

M.

Happy Quinqua, c'est moi !

9 réflexions au sujet de « Se répandre, se tenir, ralentir »

  1. Bonjour chère HQ,
    Voici un weekend qui démarre fort lui aussi sur Happy Quinqua ! Excellente question ! Comment traverser cette époque qui nous propulse et nous bouscule dans tous les sens en faisant de nous des électrons ( illusoirement ) libres qui finissent par se heurter sur des murs (souvent trop virtuels) !
    Belle analyse de cette nouvelle réalité qui est la nôtre !
    Mais heureusement, le Yoga, le Taï Chi, l’art, la méditation et autres contrepoids sont à notre disposition.
    Merci encore et n’ayez crainte, nous ne vous quitterons pas pour cette pensée du samedi matin ! Bien au contraire !
    M

  2. Mais tu es aimé! mais tu es lu! acheté… es tu à vendre? certainement un petit peu comme nous tous.Tu séduis, aucun doute la dessus!!! justement le doute, c’est lui le mauvais lutin qui nous empoisonne. Confiance, on vaut tous beaucoup, mais lui c’est le VRP des marchands du temple qui colportent de fausses illusions et de la quincaille, soyons vigilants , cela risque de s’accélérer encore .Notons le cheminement, on est passé de la chaise en paille sur le trottoir ou l’on bavassait entre voisins, ou au comptoir du bougnat du coin , a l’ère du cocooning avec la frénésie d’achats de coussins ,canapés tendances et nouveaux rideaux de chez Casto ect.. et maintenant que l’on connait par coeur le motif mexicain du rideau et que finalement on s’em…..eh bien on retourne discuter sur la toile parce que de sales garnements ont volé les chaises en paille. y a plus de respect ma bonne dame.

  3. Pourquoi partirait-on après ce post très tonique? D’ailleurs ça m’a boostée et j’ai fini par oser ouvrir mon propre blog. On n’est pas si nombreuses dans notre genre d’ailleurs, si tant est que la Quinquatude soit un genre!

  4. On pourrait « partir » si ce n’est pas drôle, si on se prend trop au sérieux, merci de me dire si jamais je dérape dans l’austère (je fais confiance à certains de mes amis pour ne pas me louper). Bravo pour votre blog ! Il s’agit d’un genre nouveau qui n’a pas dit son dernier mot.

  5. Merci! On a toutes besoin d’encouragements… Un post est prévu pour parler de Happy Quinqua mais j’ai laissé mon Marie-Claire à la maison et j’aime bien avoir ma doc. sous la main!

  6. Nous apprenons dans le secondaire en physique que l’accélération est la dérivée de la vitesse. C’est-à-dire son changement de valeur par unité de temps. Et aussi que la vitesse est elle-même la dérivée de la distance parcourue. C’est-à-dire son changement de valeur par unité de temps. Je vous laisse imaginer alors ce que réserve à la valeur des choses une accélération tridimensionnelle…
    Consolation : je m’amuse de répondre à ce post du 21 avril seulement le 15 mai. Il aura au moins gardé sa valeur 24 jours…

Laisser un commentaire