Comment réussir le passage du sept au neuf ?

img_3048Pendant plus de trente ans j’ai habité le septième arrondissement. Par hasard d’abord, par choix ensuite. Je m’y suis enracinée et sentie comme un élément du centre névralgique de la capitale. Et puis, Le Doux est arrivé (sans se presser mais ça c’est un autre sujet) avec des choses qui faisaient partie de lui : des enfants et des idées.

Ses enfants, les petits Doux, sont comme lui, des bonbons multi-compatibles. Merci la vie.
Ses idées, elles, étaient moins en phase avec mon lieu de résidence. « Mais pourquoi est-il autant à gauche ? » me demandait récemment un de mes amis, un ex-maoïste qui vit désormais à Londres par l’heureuse combinaison d’un mariage et d’un héritage. « A gauche, on l’est tous plus ou moins, ça fait jeune, mais à ce point ! »
En tant qu’ancienne dirigeante d’entreprise je fustige toujours un peu l’action paralysante des syndicats et un code du travail draconien qui fut souvent à l’époque la cause de mes insomnies.
Cela vous donne une idée de nos conversations matinales, Le Doux et moi, où l’ampleur de nos sentiments toujours supérieurs à nos convictions nous a fait faire naturellement un petit pas chacun vers l’autre.
Petit le pas, grands les sentiments.
Il en a été de même quand il a fallu choisir notre toit commun.
Et là Le Doux a été formel : « QUOI ? Tu veux qu’on vive dans un arrondissement plein de riches, de vieux et d’américains ? JAMAIS ! » Je me suis bien gardé d’émettre une réponse qui résume avec sarcasme les habitants des quartiers nord de Paris vers lesquels il voulait m’entraîner.
Nous avons donc pris un plan de Paris, une règle, un compas, et tracé la zone d’habitat possible pour notre vie commune. Nous voilà depuis quelques mois du côté de la Place Saint-Georges : à BoBioLand city.

C’est un quartier qui voit chaque mois, l’ouverture d’un nouveau restaurant aux caractéristiques identiques : façade d’une couleur allant de noir à vert de gris, lumières tamisées, formule deux plats à 28 euros ou petites portions de type tapas à la française, à l’italienne ou à la japonaise. Le gérant est toujours un quadragénaire barbu et sympathique qui a quitté le monde de l’entreprise pour monter son restaurant à l’aide de ses indemnités de départ.
Les épiceries du quartier sont éthiques, certaines affichent leur credo en gros à la craie sur une ardoise géante (Causses), on peut acheter du pain à la tranche (L’épicerie Générale) et du liquide vaisselle Bio (Naturalia, Bio c’est bon).
Chez Rose Bakery, haut lieu de l’esprit du neuf, restaurant épicerie traiteur pâtisserie cave, salon de thé…. une restructuration s’est opérée cette semaine. Dans le 9, l’enseigne court désormais sur trois adresses proches, toutes fraîchement repeintes d’un gris au Pantone adoubé par AD, et le personnel parle anglais (à vous, entre eux)
On vous conduit dans une chambre froide vitrée pour que vous puissiez y choisir votre salade feuilles de chêne.
Elle est à 4,20 euros la salade.
Alors vous êtes étonnée
Alors vous le faites savoir :
Y a t-il une erreur by any chance ? error, mistake, salad a little bit expensive isn’t ? even organic, ah it is not organic. So why ?
Réponse de la manageuse qui soudain dans l’adversité recouvre son français : « En fait le kilo de salade feuille de chêne est à 21 euros 20, ce qui fait la salade à 7 euros 20. Là, exceptionnellement, on vous a fait un prix ».

Pourquoi ce traitement de faveur ?
Nous ne le saurons jamais.

Cher Bernard Arnault, vous qui lisez Happy Q, pourquoi vous embêter à louer un bâtiment classé en plein coeur de Saint-Germain des Prés, avec de la hauteur sous plafond, des vigiles devant chaque entrée et des caissières en uniforme ? Alors qu’un coup de peinture dans un rez-de-chaussée rue de Navarin, quelques cageots de végétaux bio et trois stagiaires anglais suffisent à justifier de prix rigolos !

Allez, vive le neuf quand même.

Au pire si on est fauché on retournera faire le marché à la Grande Epicerie.

Photo prise ce matin chez Rose Bakery, rue de Navarin, face à l’hôtel Amour où il fait bon prendre un café en terrasse le dimanche matin prés du petit plan d’eau dans lequel nagent des poissons rouges, le JDD entre les mains.

Post écrit en écoutant The Divine Comedy « To the rescue »

Publié par

M.

Happy Quinqua, c'est moi !

9 réflexions au sujet de « Comment réussir le passage du sept au neuf ? »

  1. Toujours aussi drôle ! Un moment j’ai cru, dans la lecture, qu’Holybol allait y passer. Il est dans le 9 après tout mais plus près de la mairie et de Drouot. Ouf on ne rentre pas dans la même catégorie et la salade thaï est à 4€…

  2. Tout le monde sait que le 9eme arrondissement est l’equivalent du 7eme sur la rive droite! en plus snob intello, parce qu’il y a beaucoup de gens du cinema qui y logent…
    ( Pas toi Le Doux, je te connais tu n’es pas snob…)
    Ceci dit tu devrais être ravie d’avoir sous la main la possibilité de conserver ta bonne santé et celle de tes proches qui comme tu le sais n’ont pas de prix. Il faut considerer nos circonstances sous tous les angles… et vive bobioland! ça mérite le dictionnaire!

  3. Ah, le septième et ses grandes avenues calmes et boisées, sans aucun doute le plus bel arrondissement de la capitale. Plus dur encore pour un Parisien est le changement de rive. Un véritable déchirement. Au moins si l’exil vous avait mené à la Plaine Monceau, ou éventuellement dans le Marais, voire à l’extrême rigueur du côté des Buttes-Chaumont. Le neuvième, non mais franchement… Le Doux doit vraiment valoir le coup pour que tu aies accepté une telle abnégation ! L’île Saint-Louis aurait été un compromis géographique plus juste pour les deux parties.

  4. Ya pas à dire, dans la grande cour des Miracles à Paname, l’Amour rend sourd !

    Enfin, estimez-vous heureuse, vous auriez pu atterrir dans le 11ème : soit l’horreur absolue car
    « plus de 63 millions d’habitants en métropole, la moitié vit sur moins de 3% du territoire. Sans surprise, c’est notamment en région parisienne que se concentrent les Français : dans le 11e arrondissement de la capitale, on compte, par exemple, plus de 42 000 habitants au kilomètre carré, soit la plus forte densité enregistrée dans le pays, dont la moyenne est de 116 habitants au kilomètre carré »..
    Ce qui fait du 11ème de facto la plus grosse agrégation de bobo cocosos.
    Stupididalgo is very happy, aussi…

Laisser un commentaire